Mots et sonorités

Le travail de Catherine Gangloff conjugue des formes parfois trouvées (déjà faites, déjà façonnées), des matérialités différentes, des textures, des tracés.

Conjugaison est encore un terme qui nous vient de la grammaire et de la linguistique. Elle fait effectivement des phrases, elle met en parenthèses, en guillemets, en relation des formes anguleuses et des formes courbes. Sans tomber dans la syntaxe ou dans un vocabulaire trop restreint il faut constater que la cohérence (ludique) vient de l’observation d’un équilibre, d’un comment ça s’équilibre, d’un comment ça tient debout. Elle dit qu’elle travaille une base de départ (comme socle, comme élément autour de quoi tout tourne et tournera).

Il y a ici une conception spiralée dans la mesure où cela se passe devant puis derrière, et parfois devant et derrière, synchroniquement, dans une recherche de la frontalité qui pourtant toujours frôle la sculpture, qui cherche de temps en temps à se poser dans l’espace.

Le socle est chez elle une forme en soi, sculpture en soi, presque archétypale qui permet souvent des rapprochements, des présentations humoristiques (une biche en plâtre), historique (avec une statuette africaine). C’est indéniablement un présentoir qui est œuvre aussi et qui pointe la dimension historique et critique du socle. Une histoire du socle pourrait d’ailleurs, à partir de ce travail, faire l’objet d’une analyse approfondie : en partant de Rodin et de son œuvre les Bourgeois de Calais, en passant par l’instance minimale d’un Donald Judd, d’un Carl André, ou par Didier Vermeiren et parfois Robert Ryman.

Dans ce rappel historique et de connivences esthétiques on doit voir comment cette œuvre s’inscrit dans une historicité, comment elle se nourrit des rencontres de formes majeures de l’art moderne et contemporain. C’est une œuvre reliée.